Chargé de projet STIF – Le métier d’Antoine

Chargé de projet STIF

Lorsqu’une collectivité et/ou un transporteur présentent un projet de développement pour leur réseau au Syndicat des transports d’Île-de-France (STIF), c’est toujours une étape un peu compliquée puisque c’est le moment de remise en question de leur projet idéal. Antoine, 28 ans, travaille du côté de l’autorité organisatrice des transports (AOT). Il est chargé de projet au STIF depuis presque 3 ans. A travers cette interview, nous allons pouvoir en savoir plus sur le quotidien de cet homme qui gère 11 réseaux de bus franciliens et sur le rôle délicat d’un chargé de projet dans une AOT. 

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Antoine, quel métier exercez-vous actuellement?

Photo-AntoineJe suis chargé de projet à la Direction de l’Exploitation du STIF, dans la Division offre routière de bassin qui est en charge de la gestion et de l’évolution des réseaux de bus de la Grande couronne de la région parisienne. En tant que chargé de projet, je pilote les projets d’évolution de l’offre bus c’est-à-dire l’évolution des fréquences, des itinéraires, … Le but étant de permettre de couvrir les besoins en matière de déplacements qui ont été identifiés. Pour mener à bien ces évolutions, je dois gérer les relations contractuelles avec les transporteurs et les relations partenariales avec les collectivités locales. J’effectue ce travail sur 11 réseaux de typologies différentes et réparties dans divers secteurs de l’Ile-de-France. Je suis référent sur des réseaux en agglomération centrale, en agglomération secondaire, en frange d’agglomération et en milieu rural.

Concrètement, en quoi votre métier consiste-t-il ? Quelles sont vos différentes missions ?

Je dois organiser la concertation avec les collectivités sur les besoins en matière de transports sur le territoire, mais également organiser la concertation avec les transporteurs en vue de recenser les dysfonctionnements et les évolutions possibles de l’offre de transport existante.

Je dois aussi gérer la partie contractuelle. Nous avons des contrats avec les opérateurs et des conventions partenariales avec les collectivités, ce qui permet d’organiser le financement, le suivi de l’évolution de l’offre et de la qualité de service ainsi que le suivi des moyens. Je dois donc rédiger les avenants aux contrats pour les adapter à chaque modification de l’offre.

Par exemple, lorsqu’il y a un projet de renfort d’offre bus, on mène la concertation avec les collectivités et on fait un rétroplanning pour organiser les différentes phases : recensement des besoins, construction de l’offre, graphiquage, prévisions de trafic, validation de l’opportunité du projet et faisabilité technico-financière des conditions dans lesquelles vont se réaliser la nouvelle offre. Après ces différentes étapes, on contractualise et le transporteur met en place le service.

Le transporteur est également pleinement intégré puisque c’est lui qui a la connaissance du terrain. En fait, le trio de partenaires se complète. Le STIF a la vision globale des finances et des principes d’organisation à l’échelle régionale. Après il y a la collectivité qui connaît son territoire, ses enjeux et son développement et qui a besoin de faire remonter l’expression des besoins des non-usagers. Il y aussi le transporteur qui exploite au quotidien et qui connaît les dysfonctionnements et les améliorations techniques à apporter. Du coup, c’est vraiment une construction à trois. Au moins à trois, puisque après il peut y avoir d’autres partenaires tels que les gestionnaires de voiries ou les représentants d’entreprises. Les collectivités n’ont pas toujours les mêmes compétences et donc parfois le dialogue est plus resserré entre le STIF et le transporteur.

Mission-réseau

Et quand tout fonctionne bien, que ni le transporteur, ni la collectivité n’a de modifications à faire sur leur réseau, quel est votre rôle sur ce réseau ?

En général, il y a toujours des problèmes, des demandes, des attentes. C’est vrai qu’il y a beaucoup de réseau qui n’ont pas été retouchés et qui ont besoin d’évoluer. Il peut y avoir des problématiques tarifaires, parce que les collectivités ont mis en place des Pass Locaux qu’il faut réactualiser, ou encore des problématiques de temps de parcours pour lesquelles il faut étudier des aménagements pour faciliter la circulation des bus. Il peut également y avoir des manques de moyens pour réaliser l’exploitation et pour lesquels le transporteur va nous solliciter pour acheter des véhicules ou déployer des ETP (Equivalent Temps Plein) supplémentaires.

Après il n’y a pas que la vie des réseaux, on travaille aussi sur des thématiques transversales. Par exemple, je participe à une étude d’opportunité de création de voie réservée pour les bus sur les autoroutes dans la région. Je dois également conduire les études d’évolution de l’offre bus qui va circuler sur ces corridors. Je travaille par ailleurs sur l’identification de la vocation des lignes. Par exemple, il y a des lignes à vocation scolaires qui sont actuellement en ligne régulière. La question est de savoir si on les laisse telles quelles ou si on les transforme en services spéciaux scolaires. Je travaille aussi sur l’amélioration de la performance des lignes de bus (temps de parcours, temps de battement, …).

thématiques-transversales

Peux-tu décrire une journée type et expliquer pourquoi elle se déroule de cette manière ?

Le matin, quand j’arrive je commence par lire mes mails, je balaie également la To-do-list, pour voir ce qu’il y a de plus urgent à traiter. Je m’organise un peu en amont pour savoir ce que je vais faire, mais c’est vrai que ça peut changer. Par exemple, ce n’est pas de 10 à 11 je fais ça, ça peut déborder en fonction des mails qui arrivent et des choses à traiter. Il peut y avoir une note demandée pour la direction parce que untel va voir tel élu sur le territoire, des dossiers qui passent au Conseil, ou encore le retour d’un transporteur sur ce que l’on appelle « la requête » (contractualisation du coût). Ces tâches sont à traiter en priorité pour tenir le calendrier du Conseil, mais on n’est pas non plus dans l’extrême urgence comme un opérateur. On travaille tout de même un peu plus dans la sérénité, puisque tout est beaucoup plus planifiable que la gestion du terrain. Il y a aussi différentes réunions qui sont planifiées en cours de journée, internes ou externes. Donc voilà comment mon emploi du temps se reconfigure le plus souvent.

Est-ce que vous faites parfois du terrain ?

Je suis souvent au bureau parce qu’il y a beaucoup de dossiers à faire avancer, mais toutes les opportunités pour aller sur le terrain sont à saisir parce que le transport se réalise sur le terrain.

Dans le cadre de vos missions, à quels objectifs devez-vous répondre ?

Je dois conduire les projets de développements dans les temps. Il faut toujours veiller à bien s’inscrire dans les rétroplannings pour que les dossiers passent au Conseil à temps. Je dois également adapter les réseaux en fonction des besoins des usagers, optimiser les réseaux, intégrer le PDU (Plan de Déplacement Urbain) sur les différents territoires tout en prenant en compte les spécificités locales. Mon rôle est d’articuler les développements de transports entre la vision régionale et la réalité du territoire.

Est-ce que c’est un exercice difficile à faire ?

Oui, parce que c’est à la fois réussir à imposer une vision à un territoire qui ne la partage pas forcément et à la fois convaincre sa hiérarchie qu’il faut plus spécifiquement opter pour certaines options. On est sur un intermédiaire d’échelle. Il y a des visions qui sont différentes et il faut arriver à les faire converger pour faire aboutir le projet.

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Quels sont les contraintes et les avantages de ce type de poste ?

C’est un métier très prenant en temps et aussi en énergie parce que c’est un métier de cadre et on ne compte pas tellement ses heures, même si on a tout de même une qualité de vie au travail qui est plutôt bonne. En fait, il n’y a pas tellement de charrette, mais c’est dense toute l’année. Après on est libre dans notre organisation, du moment que le travail est fait. On est responsabilisé, on gère notre temps et notre travail et ça c’est plutôt bien. Cependant il faut savoir que les collectivités mettent la pression pour que les projets passent. Quant au planning, on ne peut pas l’organiser comme on veut. On ne peut pas reporter sans arrêt, il y a des impératifs à respecter, il faut pouvoir du coup organiser ses vacances en fonction du calendrier des Conseils du STIF.

Quel est le côté de votre poste que vous aimez le moins ?

Je dirais que c’est toute la gestion administrative qui fait moins appel à la créativité. Tout ce qui fait moins partie du boulot de chargé de projet et plus du boulot de gestionnaire de contrat.

En fait, on est chargé de projet dans le sens où on pilote le projet, on donne la cadence et on applique les principes, mais on est aussi gestionnaire de contrat, c’est-à-dire qu’on va faire évoluer les contrats, négocier les coûts, …. Ce sont des processus administratifs et contractuels un peu contraignants et pour quelqu’un qui n’a pas fait de gestion, ça peut être un peu redondant.

Quels sont les avantages ?

C’est la souplesse. C’est la liberté de s’organiser, c’est-à-dire ne pas avoir un chef qui dit exactement « tu fais-ça, tu fais-ci, tu fais-ça, … », mais qui donne plutôt des principes. Après c’est sûr, on ne fait pas ce que l’on veut. Parfois on a des directives assez fortes, assez urgentes, mais ce qui est intéressant c’est tout de même d’avoir la main sur une partie de la planification des transports.

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Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre métier ? Pourquoi ?

Je pense qu’il faut beaucoup d’écoute parce qu’on travaille avec des partenaires qui ont des objectifs, des enjeux, des contraintes et des attentes différentes. Il faut beaucoup d’écoute pour arriver à un consensus. Il faut également une certaine fermeté parce qu’il faut asseoir le rôle de l’autorité organisatrice; ce n’est pas une chose innée chez tout le monde. C’est le STIF qui décide au final, pourtant il ne doit pas décider tout seul dans son coin, mais il doit bien avoir pris en compte l’avis de tout le monde et savoir reconnaître ses erreurs… Il faut aussi de la créativité parce que je pense que dans le transport il y a quand même de la créativité. On n’est pas que des gestionnaires, il y a des choses à optimiser, à organiser. Ah, et il faut de l’organisation ! Etre chargé de projet dans les Transports demande un gros travail d’organisation et d’anticipation des délais et il faut absolument apprendre à le travailler dès ses études. En parlant d’organisation, il y a aussi la gestion du temps parce qu’on se laisse vite déborder par le temps. On y passe vite des heures, des soirées, des week-ends.

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Quel a été votre parcours de formation?

J’ai fait un bac S, science de l’ingénieur puis j’ai bifurqué vers la géographie. J’ai fait une licence de géographie, parcours aménagement du territoire, puis un master orienté urbanisme, transport et mobilité. Avec une spécificité, le master “Transport et Mobilité” était en partenariat avec une école d’ingénieurs, ce qui m’a permis d’avoir un aperçu de ce qui se fait dans le monde de l’ingénierie du trafic et dans la modélisation des transports. Je n’utilise pas ces connaissances au quotidien, mais elles sont tout de même utiles quand je dois discuter avec certains gestionnaires de voirie puisqu’elles m’aident à comprendre leur logique de travail et les enjeux routiers. En effet, le transport par bus se fait sur le réseau de voirie, on doit donc absolument prendre en compte les enjeux routiers.

Parmi ce que vous avez appris pendant vos études, qu’est-ce qui vous sert le plus dans votre quotidien ?

On a été sensibilisé plutôt à une approche plus qu’à des compétences techniques et au final ça sert. Au départ, je me disais que lorsqu’on sort de la fac on n’est vraiment pas opérationnel, mais au final ça donne cet esprit d’ouverture d’aller piocher vers les différentes structures, les différents acteurs et d’aller comprendre les enjeux et les besoins de chacun pour qu’on travaille tous ensemble. Dans le transport ce n’est pas une personne qui a une compétence, la compétence est chez tout le monde et l’ont doit arriver à dialoguer avec tout le monde.

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Comment avez-vous trouvé cet emploi?

Par candidature spontanée et réponse à offre. Je ne sais plus laquelle a fonctionné. C’était dans le cadre d’une surcharge de travail de 3 mois qui s’est renouvelée en 6 mois et qui au final a débouché sur une création de poste pour un CDD de 3 ans. Et maintenant, ça va faire 2 ans et demi que je suis au STIF.

 C’était votre premier emploi ?

Non, c’était mon second emploi. J’ai travaillé un an chez Véolia Transport en province, dans un petit réseau en tant que responsable réseau.

Je remercie Antoine de s’être prêté au jeu de l’interview
et de m’avoir consacré un peu de son temps.

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