Chargé de mission Transport – Le métier de Thomas

Chargé de mission déplacement

Après avoir interviewé un chargé de projet travaillant pour l’autorité organisatrice et un responsable PCC travaillant chez un transporteur, nous nous devions d’interroger une personne qui travaille dans une agglomération afin d’avoir un aperçu des trois principaux acteurs qui interviennent sur un réseau de bus en Ile-de-France. Pour cela, nous sommes allés voir Thomas, 26 ans, chargé de mission Transport à la CAMY. 

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Quel métier exercez-vous actuellement et depuis combien de temps?

Photo-ThomasJe suis chargé de mission Transport à la Communauté d’Agglomération de Mantes en Yvelines (CAMY) depuis maintenant un an.

En quoi cela consiste-t-il? 

Ça consiste à gérer les contrats de transport avec l’exploitant, à gérer les contrats de gestion de gare routière et à gérer les supports d’exploitation du réseau de bus tels que les arrêts de bus et l’information voyageur. Ça consiste aussi à proposer le développement de réseaux de transports. Il faut aussi faire le lien entre les transporteurs, les usagers et les communes. Il y a tout un travail de coordination à réaliser. En ce moment, je travaille beaucoup sur l’information voyageurs. On doit également traiter les réclamations importantes en coordination avec le transporteur. On doit s’assurer que les réponses qu’il réalise correspond bien à la vision de la collectivité et à l’inverse, quand nous recevons ces réclamations, on a besoin d’éléments techniques de réponses de la part du transporteur car ce sont nos yeux sur le terrain.

Vous parliez de l’information voyageurs, que faites-vous concrètement ?

On travaille sur le développement de la communication aux voyageurs. On part d’assez loin, mais maintenant ça fait quelques années que la collectivité travaille dessus et on continue sur cette lancée. Avec le transporteur, nous avons travaillé sur l’information perturbation et sur la charte graphique. On continue aussi à retravailler le guide bus, même si c’est quelque chose qui a déjà été beaucoup travaillé. En fait, il y a toujours des choses à faire parce que on ne se rend pas compte de certaines choses et c’est en voyant les réclamations que l’on se rend compte qu’il y a encore des améliorations à apporter. Notre but est d’accompagner le voyageur dans la préparation de son voyage jusqu’à son arrivé. Dans cette logique, on a aussi travaillé sur des plans de quartier que nous avons mis dans la gare routière de Mantes.

Avez-vous des outils pour mener ces réflexions ? Comment les menez-vous?

Les bases sont apportées par le STIF et après on regarde ce que font les autres villes. Quand on travaille sur cette question, c’est quelque chose à laquelle on est attentif quand on va dans une ville. J’ai récemment été à New York et j’avoue que ’ai regardé comment ils faisaient leur plan de quartier. Il faut regarder que ce fait la RATP sur Paris, la STIB sur Bruxelles, ou ce que fait Lille. Ensuite, il y a forcément un brainstorming à faire parce que chaque voyageur a sa vision, du coup, il est important de s’aider de différentes expériences pour pouvoir mettre en place la meilleure information voyageur.

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Quand vous dites « gérer les contrats », que faites-vous exactement ?

« Gérer les contrats » c’est s’assurer que les missions que doivent remplir les exploitants de transport sont bien réalisées. Par exemple, je dois m’assurer que l’information voyageur est bien diffusée ou encore actualiser les montants des subventions forfaitaires (montants versés par l’agglomération au transporteur pour la réalisation du service). En fait, on a des contrats de différentes natures. On a un contrat pour le mobilier urbain, je dois donc assurer le renouvellement et la gestion du mobilier urbain. On a un contrat d’études pour la mise en accessibilité des points d’arrêts de bus. On donne des missions à un bureau d’études et je dois m’assurer que les esquisses sont remises en temps et en heure puis vérifier leur pertinence avec le service Voirie et le transporteur. On a bien sûr les contrats de transport dont j’ai déjà parlé. Il y a aussi la vérification de la qualité de service. Pour ça, il y a à la fois les enquêtes auprès des usagers qui sont réalisées tous les deux ans et pour lesquels il faut étudier l’évolution des résultats ainsi que la norme NF. La réalisation des enquête est géré par le transporteur mais nous l’accompagnons et le soutenons dans ses actions. On a aussi un contrat pour la gestion d’une gare routière, ici mes missions sont similaires à celles des contrats de transport.

Comment accompagnez-vous le transporteur en tant que collectivité ?

Par exemple, un des problèmes qui fait que la norme NF a été perdue sur deux lignes de bus c’est notamment l’affichage de l’information voyageur au point d’arrêt. Ce problème d’affichage est notamment dû au fait qu’il y a une multiplicité d’acteurs qui gère les supports de l’information voyageur. Par exemple, la plupart des communes font gérer les supports par des entreprises privées qui sont bien sûr différentes pour chaque commune, il a donc été demandé par le transporteur que l’agglomération intervienne pour faciliter leur travail. J’ai pris contacte avec les communes pour qu’elles donnent accès aux panneaux d’affichage au transporteur en acceptant de leur donner des clés, mais aussi qu’elles entretiennent mieux les supports d’affichage. L’idée c’est qu’on soit la porte d’entrée du transporteur pour leur faciliter le travail. Donc j’insiste sur ce mot, on est coordinateur, c’est nous qui permettons de faciliter le fonctionnement du réseau. D’ailleurs, ça passe aussi par les aménagements de voirie qui permettent de faire gagner du temps au bus ou d’améliorer le passage des bus là où il est compliqué. Il est important de travailler sur cette question parce que, quand le passage est compliqué, les habitants proches de cette zone ne sont pas contents et du coup l’image du bus se dégrade.

Vous êtes donc en charge de la gestion des contrats et de l’évolution des réseaux de bus du territoire, il y a-t-il autre chose ?

L’aménagement des points d’arrêt. On a une étude de mobilier urbain qui a été effectuée. Elle a eu pour objet de proposer une organisation du mobilier urbain sur les points d’arrêts. Ca a permis d’une part de faciliter l’accès à l’information voyageur et d’autre part de faciliter le cheminement sur le quai bus. On intervient aussi plus concrètement sur l’arrêt en effectuant des travaux de mise en accessibilité.

aménagement-points-arrêt

Vous parlez d’accessibilité, qui travaille sur cette question, le service Transport ou le service Voirie ?

Au sein du service Déplacements, je gère de toute la partie étude, c’est-à-dire le diagnostic, les études techniques de mises en accessibilité (les esquisses du futur point) et les demandes de subventions. Encore une fois, on a un vrai rôle de coordinateur et de pilote. Après validation des esquisses par tous les opérateurs concernés, je transmets l’étude à la Voirie pour qu’ils prennent le relais sur toute la partie opérationnelle, c’est-à-dire la partie travaux du point d’arrêt. On travaille avec d’autres services et des entreprises externes et notre rôle est de coordonner tout.

Et concernant l’évolution du réseau, que faites-vous ?

On a plusieurs phases. La première phase, c’est l’évolution quotidienne. Au quotidien, on reçoit des réclamations d’usager ou non-usagers. Je ne dis pas qu’il faille réponde à chacune d’elle sinon le réseau de bus ne ressemblerait plus à rien, mais il faut toujours regarder ce qu’il est possible de faire parce que l’amélioration apportée à une personne peut finalement concerner beaucoup plus de personnes. Parfois, c’est juste le décalage d’une course de quelques minutes et on se rend compte qu’on répond à deux fois plus de besoin. Parfois ce n’est pas grand-chose, mais ce sont des petits gestes qui sont visibles par les usagers.
Après on a des évolutions beaucoup plus importantes, comme les restructurations totales de réseau de bus. Là, on doit coordonner le bureau d’études qui va proposer un réseau théorique, les souhaits des élus de nos communes ont une vision propre de leur territoire, la vision des transporteurs et notre expérience. Ensuite, le transporteur chiffre le projet théorique préalablement validé par l’ensemble des acteurs. Puis on travaille ensemble pour affiner le projet, c’est-à-dire arriver à un coût qui nous convient plus ou moins tout en veillant à toujours répondre aux grands principes validés. A ce stade, nous pouvons enfin présenter le projet au principal financeur du réseau c’est-à-dire à notre AOT (Autorité Organisatrice des Transports): le STIF (Syndicat des Transports d’Ile-de-France). A son tour il revoit et travaille pour optimiser les coûts du projet que nous avons proposés. Commence alors de nombreux allers-retours entre le STIF, l’agglomération et le transporteur.

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Pouvez-vous décrire une journée type ?

Je commence par organiser ma journée. En général, j’écris sur un petit bout de papier tous les objectifs de la journée. J’ai plusieurs questions du quotidien et je prévois un ou deux fils rouges dans la journée. Je vais travailler sur plusieurs thèmes tels que la poursuite des études d’accessibilité, la vérification des études de développement du réseau, … Ma journée sera aussi ponctuée de différentes interruptions. Je vais être dérangé sur des dossiers en cours, je vais avoir des réponses aux questions que j’ai posées la veille, … Souvent, la fin de la journée est consacrée à la rédaction de réponses à réclamations, à la validation de factures, … Tout l’administratif passe en fin de journée de manière à partir avec la conscience tranquille. De temps en temps, en fin de matinée ou début d’après-midi, quand le temps le permet, je fais une lecture d’articles pour me tenir au courant de l’actualité concernant les points sur lesquels je travaille.
On peut comprendre ma journée en regardant mon bureau. Là, c’est le dossier principal sur lequel je me suis mis ce matin (le dossier ouvert est tout en dessous d’une pile d’autres dossiers également ouverts), au-dessus il y a un ou deux courriers de réclamations et tout vient se rajouter petit à petit sur le dossier sur lequel je travaille. L’idée, c’est que le soir il n’y ait plus rien sur mon bureau!

objectifs-thomas

A quels objectifs devez-vous répondre ?

Les objectifs qui m’ont été donnés au départ ont évolué et continueront d’évoluer parce que le calendrier politique fait que les objectifs évoluent assez régulièrement selon les élections. Aujourd’hui, il y a cette réforme territoriale qui fait que les objectifs sont plutôt fixés sur un an, voire deux ans, ce qui est assez court.
Mes objectifs pour le moment sont :

  • Mette en place la restructuration quasi globale du réseau de bus urbain
  • Restructurer le réseau périurbain qui viendra accompagner la restructuration du réseau urbain.
  • Renouveller un contrat de DSP pour une gare routière.
  • Achever la mise en accessibilité des arrêts de bus sur l’ensemble de l’agglomération de Mantes-en-Yvelines.

Ce sont les quatre gros objectifs à court et moyen terme. Après, il y a tout un tas de petits objectifs qui peuvent venir en complément. Il y a peu de temps, un de mes objectifs était d’étudier l’aménagement et la répartition des quais d’une de nos gares routières de manière à pouvoir continuer d’accueillir les bus parce qu’elle était saturée. Il a fallu en quelques mois répondre à cet objectif. Maintenant, un de mes nouveaux objectifs, c’est le développement des arrêts de covoiturage. Donc voilà, il y a plein de petits objectifs qui viennent se coller aux grands objectifs.

coordination

Qu’est-ce-qui vous plaît le plus dans votre métier?

Ce poste de pivot, de coordinateur, c’est quelque chose qui me plaît beaucoup. C’est au final ce qui est le plus intéressant dans notre travail. Il y a aussi le fait de pouvoir développer le réseau de bus parce qu’on est vraiment dans la démarche de projet et qu’au bout d’un moment on voit un résultat. Travailler et pouvoir voir les résultats, c’est plutôt intéressant. J’aime beaucoup ce côté concret, le fait qu’on développe quelque chose pour répondre à un besoin à moyen terme.

Et ce n’est pas frustrant que le côté concret n’arrive parfois qu’après plusieurs années de travail ?

Si, c’est pour ça que je parlais tout à l’heure de plusieurs phases de développement. Les petites victoires font du bien pour permettre de continuer à garder son attention sur des projets de beaucoup plus long terme.
Sur les gros projets comme un projet de restructuration de réseau de bus, au départ on part sur du théorique, il faut ensuite accepter que ces projets évoluent selon les conditions financières et politiques, puis s’y adapter. Ce n’est pas frustrant de ne pas arriver à ce que l’on voulait tant qu’on arrive à y mettre un petite partie et à développer l’idée. J’espère bien que ce projet de restructuration sur lequel l’équipe précédente a travaillé pendant plusieurs années aboutira en septembre ou l’année prochaine. Il aura fallu 7 ans, mais en attendant il y a des petites actions qui ont abouties sur ce grand projet avec des phases de développement transitoires.

administration

Quels sont les contraintes de votre type de poste ?

La première, la frustration. C’est peut-être le fait d’être coordinateur, mais on est continuellement dérangé et du coup on n’a pas forcément le temps de lire et de développer ses connaissances techniques. J’aimerais pouvoir développer davantage les sujets sur lesquels je travaille. Parfois j’aimerais pouvoir prendre plus de temps, mais il faut toujours aller très vite.
Après, j’avoue que je suis très satisfait du poste donc je ne vois pas beaucoup de contraintes. Peut-être l’administratif… On a beaucoup de tâches administratives vu qu’il y a beaucoup de missions. On est en collectivité, donc forcément, chaque mission à son lot de tâches administratives qui sont parfois très lourdes et très chronophages. Ça, par contre, ça rend le poste tout de suite moins marrant et moins intéressant, mais il faut savoir combiner le tout. Et puis, ce sont des choses importantes puisqu’elles permettent d’avancer sur le technique.
Il y a aussi une autre contrainte: c’est l’exposition politique. On doit parfois travailler juste sur une envie ponctuelle d’un politique et qui lui passera peut-être, ce qui nous fait parfois travailler pour rien et parfois au détriment du technique. On doit aller à l’encontre de ce que l’on connaît, de ce que l’on a appris pour répondre à une volonté politique, mais si on relativise c’est la même chose dans une entreprise.

 Thomas-Qualités

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre métier ?

La passion ! Il faut avoir beaucoup de passion parce que c’est un poste qui prend du temps. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de postes similaires ailleurs, en tout cas avec autant de missions, mais celui-ci il faut vraiment avoir la passion parce que nerveusement c’est parfois prenant. En plus, à la charge de travail, s’ajoute le nombre de personne avec qui on traite. Ce côté social est à la fois intéressant, mais il oblige en même temps à un contrôle du discours et, de fait, à une sorte de pression intellectuelle constante.
Ensuite, j’ai commencé à en parler, le côté relationnel. Il faut savoir donner pour recevoir. Il faut aussi savoir faire avec les volontés de chacun et savoir être consensuel. Il faut savoir trouver un consensus pour que tout le monde s’entende et que tout le monde adhère au projet que ce soit le réaménagement d’un point d’arrêt ou la restructuration globale d’un réseau de bus. Une fois qu’on a compris que ce système de consensus est important, je pense qu’on a 70% du métier en main.
Après, je le dirai à bas mot parce que je pense que j’ai moi-même des progrès à faire, mais c’est l’organisation. Il faut savoir s’organiser. Je disais que chaque matin j’essaie d’organiser ma journée, c’est pas facile de s’y tenir et généralement on s’y tient pas. Cependant, ce côté organisation est important et pas uniquement pour mon efficacité personnelle, mais aussi pour les autres. Quand on est coordinateur tout le monde dépend de nous et si on n’est pas organisé ça risque de mettre à défaut tous les gens avec qui on travaille.

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Diplomes

Quel a été votre parcours de formation?

J’ai fait deux ans de géographie avec des spécialités sur l’urbanisme et le développement de la ville. Ensuite, j’ai fait 3 ans dans l’Institut d’urbanisme à Lille, où j’ai suivi une formation basée sur les réseaux de transport, l’accessibilité et les déplacements. C’est une formation où on est presque à 50% en entreprise parce qu’on réalise énormément d’ateliers professionnels et que l’on fait plusieurs stages. J’ai pu faire 3 stages en 3ans et tout au long de l’année j’ai participé à des ateliers qui étaient des réponses à de vraies commandes. Je pense que l’aspect très professionnalisant de cette formation m’a permis d’entrer sur ce poste-là.

Comment avez-vous trouvé cet emploi?

Sur le net, via La Gazette des Communes. Ça fait un an tout pile que je suis là et j’ai mis quasiment un an à trouver ce poste. C’est mon premier emploi. Est-ce-que cet emploi correspond à ma formation ? Je dirai qu’on apprend sur le tas ! Effectivement, j’aurai aimé aborder quelques points techniques, notamment sur tout ce qui est lié à l’exploitation du réseau de bus, ce qui m’aurait permis d’être autonome plus rapidement. Toutefois, globalement ma formation correspondait plutôt bien à ce type de poste.

Je remercie Thomas de s’être prêté au jeu de l’interview
et de m’avoir consacré un peu de son temps.

rien-manquer   presenter-métier.

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